LES VIES DE MOUCHEGH : DE KHENDZORESK A PARIS

2019
05.28

Et si votre randonnée en Arménie commençait à Paris? Par la lecture des mémoires de Mouchegh, un voisin de Zig-Zag…Le journal arménien francophone Nord Haratch (lui aussi situé dans le 9ème) nous a aimablement autorisé à reproduire un article consacré à cet ouvrage et à son auteur! Khendoresk, dont il est question plus loin, est une étape de plusieurs de nos randonnées en Arménie!

Un livre exposé dans la vitrine de la boutique »Maubeuge Tapis »  à Paris 9ème . Le passant s’arrête et lit : « Mains Propres…Jeu D’Echecs » de Mouchegh Tchaloyan-Mardirossian. Le sous-titre précise « Récit de vie recueilli et rédigé par Jeanine Tchaloyan ».  Mouchegh, nous livre dans cet ouvrage ses souvenirs que sa belle-fille a rassemblés. De Khendzoresk en Arménie soviétique où il est né en 1923 à la rue de Maubeuge où il continue, chaque jour, à venir à la boutique qu’il a ouverte  dans les années 50, Mouchegh a vécu plusieurs vies.

KHENDZORESK

Mouchegh nous raconte sa jeunesse dans un village du Zanguezour au Sud-Est de l’Arménie soviétique. Khendzoresk  est partiellement troglodyte, étagé sur des pentes montagneuses sous de larges barres rocheuses.  Avec l’URSS, est arrivée l’école que Mouchegh fréquente. Mais aussi à la fin des années 20 la collectivisation forcée des terres imposée par Staline. Comment oublier la souffrance et la rage d’humbles paysans qui comme le grand-père de Mouchegh préfèrent abattre en tout ou partie leur bétail plutôt que de le remettre aux autorités…La vie est rude et difficile mais Mouchegh conserve le souvenir de ses grands parents  attentionnés, Nani et Papi,   de ses escapades estivales dans les vergers et de la saveur de leurs fruits…

LA GUERRE

Elève doué, Mouchegh a obtenu de pouvoir s’inscrire à l’université de Bakou. Mais la guerre le rattrape et en décembre 1941, à 18 ans, il est appelé.  L’URSS vit les pires heures de son histoire. Les troupes nazis avancent jusqu’ aux portes de Moscou. Pendant l’été 42, elles progressent en direction de la Volga et du Caucase. Mouchegh est fait prisonnier en octobre 1942 au Nord du Caucase.  Prisonnier dans un camp en Pologne, il a appelé ce chapitre de son existence « Aux Portes De L’Enfer ». Seul le hasard lui évite de mourir comme beaucoup de prisonniers soviétiques victimes de la barbarie nazie et lui vaut d’être affecté au service d’officiers de la wehrmacht  en France.  Il s’échappe à l’occasion d’un bombardement allié pendant l’été 1944.

PARIS ET LA LIBERTE

Considéré comme soviétique,  Mouchegh, recueilli par la Résistance française, est envoyé à Rennes où sont regroupés les prisonniers soviétiques dans l’attente de leur rapatriement (beaucoup à leur retour disparaitrons victimes de la terreur stalinienne). Une occasion se présente et il part pour Paris : « Ce jour-là je veux gagner une autre bataille : ma liberté » !  Par la diaspora arménienne qui fréquente l’église arménienne de la rue Goujon, il multiplie les rencontres, trouve travail et logement.  Et un nouvel état-civil : il est maintenant Mouchegh Tchaloyan né à Ankara en septembre 1924 grâce à la bienveillance d’un commissaire de police…Ce nouvel état civil le protège de tout rapatriement en URSS et lui permet d’obtenir des papiers.

UNE NOUVELLE VIE

Mouchegh  apprend un métier : réparateur de tapis. Le tapis persan est un art répandu bien au-delà de la Perse. Khendzoresk était renommé pour la beauté de ses tapis…Mais c’est à Paris que Mouchegh découvre le métier. Très vite, il n’a plus de secret pour lui.  Il se lance dans la vente ambulante avant d’ouvrir sa boutique « Maubeuge Tapis »… Son fils, Mélik, malheureusement décédé, l’a reprise, puis son petit-fils Michaël.  Mais Mouchegh continue à venir chaque jour ! Devenu français, Mouchegh n’a jamais oublié son village et l’Arménie.

L’ARMENIE TOUJOURS

Il lui faut attendre 1966 pour retourner en Arménie.  Il avait pu prévenir sa famille dès 1947 qu’il était en vie. Quand il retrouve sa famille et une partie de ses proches à Erevan, un quart de siècle s’est écoulé depuis leur séparation. Sa mère, son père et ses soeurs l’accueillent : l’émotion est au rendez-vous. D’autant que beaucoup d’amis de son âge sont morts en combattant les forces nazies.  Mais il ne put visiter Khendzoresk que des années plus tard. Ou plutôt les ruines de Khenzoresk car la population a été déplacée et le village reconstruit à proximité sur un plateau .

Entre l’Arménie et la France, de Khendzoresk à Paris, les mémoires de Mouchegh sont un témoignage captivant.  Les vies de Mouchegh sont un morceau d’une grande mosaïque formée par l’histoire de l’Arménie, l’histoire de France et leur enchevêtrement !

Your Reply